accueil > 01/03/2019 | Vers un Nouveau Catholicisme Social ? par Frantz Toussaint

VERS UN NOUVEAU CATHOLICISME SOCIAL ?

Le 9 janvier dernier,19 personnalités et intellectuels catholiques, issus d’écoles de pensée différentes, ont lancé un appel pour un nouveau catholicisme social. Face à la crise des gilets jaunes et à la question sociale contemporaine, « plus grave encore que celle du 19esiècle », ils créent un carrefour de rencontre et d’élaboration d’un nouveau catholicisme social en action. Il s’agit de proposer des engagements concrets au service de communautés solidaires.

 

  1. Le texte de l’Appel pour un Nouveau Catholicisme Social

La fracture sociogéographique qui s’est progressivement creusée en France est en train de disloquer notre pays. Aujourd’hui, la « France périphérique » présente un potentiel insurrectionnel parce qu’elle n’en peut plus. Ce peuple de France veut vivre dignement du fruit de son travail et il le fait savoir ; il veut vivre uni dans une communauté de destin, non comme une catégorie reléguée économiquement et culturellement, exclue du récit global du « nouveau monde » financiarisé, où l’idole-argent absorbe le politique.

 Cette France périphérique marginalisée par la mondialisationconcerne 60 % de la population, selon la classification du géographe Christophe Guilluy et davantage selon d’autres. Elle n’en peut plus de devenir un désert sans bureau de poste, sans maternité, sans médecin, sans usine, sans ferme et sans train ; elle n’en peut plus de payer toujours plus de taxes alors même que les services publics sont démantelés ; elle refuse la marche forcée vers la mondialisation économique ultralibérale et la globalisation culturelle sur lesquelles elle n’a aucune prise et qui se décident sans elle.

 Il y a le feu. Notre maison commune France brûle. Cette atmosphère possiblement insurrectionnelle est inquiétante. Pour le gouvernement, l’équation semble insoluble : on ne peut emmener à marche forcée un peuple vers un « nouveau monde » qui le rejette. Devant un tel contexte, la situation pourrait devenir hors de contrôle. Or, dans la révolution, c’est toujours le plus fort qui impose sa loi, pas le plus juste.

 Comment instaurer un dialogue social quand il n’y a plus de langage commun entre la sphère financière des mégalopoles et la France des périphéries, entre“les individus de n’importe où“,initiés et mobiles, et “le peuple de quelque part” ? Sur quelle réalité institutionnelle peut s’appuyer un tel dialogue quand les corps intermédiaires ont été sapés et que la représentation politique est décrédibilisée ? Comment trouver un chemin commun quand s’opposent « culture urbaine » mondialisée et culture populaire ?

 Tels sont les contours de la question sociale contemporaine. Cette nouvelle question sociale est, sous certains aspects, plus grave encore que celle du 19e siècle, qui recouvrait principalement la condition ouvrière. Un ensemble de lois avaient alors pu la résoudre, au moins en partie. Aujourd’hui, la question sociale dépasse largement les conditions particulières d’une classe sociale, elle atteint la nature même du lien collectif, dans toutes ses dimensions : familiale, culturelle, économique, écologique, géographique ; dimensions que nie l’idéologie de l’économie financiarisée. C’est la cohésion d’un peuple et d’une nation qui est en cause.

 Cette nouvelle question sociale dépasse les frontières, comme le montre l’extension du symbole des gilets jaunes au-delà de la France. Dans de nombreux pays, en Europe et dans le monde, la valeur travail, la dignité des travailleurs, leur droit à un juste salaire et à un environnement sain, sont quotidiennement bafoués. Cela concerne les structures économiques mais aussi la responsabilité de chacun, alors que la culture du « toujours moins cher » fait oublier que derrière chaque produit et chaque service, il y a des travailleurs et leur famille.

 Dans le passé, des catholiques sociaux se sont levés pour défendre la classe ouvrière. Aujourd’hui, les catholiques doivent se lever pour soutenir le peuple de France et lutter pour un système économique mondial et une Europe au service du développement humain intégral. Nous devons avoir conscience que les fractures françaises ne seront pas résolues seulement par des lois mais par l’engagement de chacun.

Les catholiques doivent se mobiliser pour édifier des communautés solidaires, fondées sur un lien de responsabilité commune, qui puissent redonner à notre pays une perspective, un destin partagé, du travail, un lien par la culture populaire, une histoire continuée, un nouveau souffle familial, éducatif, écologique, spirituel et de vraies solidarités.

 Nous sommes membres d’un peuple. La dignité de chacun est de participer à une grande œuvre commune et au bien de notre pays. Le devoir des catholiques, en ce temps crucial de l’histoire, n’est pas de défendre les intérêts d’une communauté, mais de penser et mettre en œuvre un nouveau catholicisme social au service de l’universel et de notre pays.

 Signataires : Joseph Thouvenel, syndicaliste chrétien ; Mathieu Detchessahar, docteur en gestion, professeur des Universités ; Guillaume de Prémare, délégué général d’Ichtus ; Patrice de Plunkett, essayiste ; Patrice Obert, Président des Poissons Roses ; Denis Moreau, philosophe, Professeur des Universités ; Emmanuel Gabellieri, philosophe, Professeur à l’UCLY ; Gaultier Bès, directeur-adjoint de la Revue Limite ; Pierre-Yves Gomez ; Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA ; Henri Hude, philosophe ; Bernard Bourdin, professeur des universités en philosophie politique ; Antoine Renard, président des Associations familiales catholiques en Europe ; Ghislain Lafont, Président de l’Académie d’éducation et d’études sociales ;Gérard Leclerc, journaliste ; Joël Hautebert, professeur des universités ; Diane de Bourguesdon, consultante en stratégie ; Marie-Joëlle Guillaume, écrivain ; Jean-Marie Andrès, président des Associations familiales catholiques

 

 2.Concrètement, comment avancer ?

« Les fidèles, et plus précisément les laïcs, se trouvent sur la ligne la plus avancée de la vie de l’Eglise ; par eux, l’Eglise est le principe vital de la société humaine. C’est pourquoi, eux surtout, doivent avoir une conscience toujours plus claire, non seulement d’appartenir à l’Eglise, mais d’être d’Eglise » Pie XII, février 1946 s’adressant aux nouveaux cardinaux.

La société actuelle est balayée par le matérialisme, le consumérisme et la financiarisation qui sont tirés par la locomotive capitaliste qui laisse l’Homme de côté et détruit les fondations posées comme par exemple la famille, qui se retrouve brocardée et caricaturée. Cet appel s’inscrit dans un contexte social donné et s’enracine dans la Doctrine Sociale de l’Eglise, il vient nous redonner les priorités de notre action de catholiques présent au monde.

Notre enjeu est de pleinement répondre au Christ qui nous appelle dans l’Evangile : « à être dans le monde, sans être du monde » et qui nous appelle aussi à aimer le monde dans lequel nous vivons.

Cette nouvelle aventure doit s’inspirer du travail fait par nos aînés au XIXème siècle, doit s’enraciner dans le magistère de l’Eglise et intégrer les nouvelles réalités de notre société.

 

 Cette approche nous impose trois mouvements qui sont complémentaires et indissociables.

 Le premier mouvement est celui de la formation. Il s’agitpar-là d’accepter de prendre le temps de connaître la Doctrine Sociale de l’Eglise et d’approfondir à la lumière de la Parole de Dieu et de l’enseignement de l’Eglise afin de proposer des lignes directrices pour notre société et notre quotidien. Nous serions choqués d’apprendre qu’un directeur financier ou un expert de la paye ne se forme pas sur son métier et ses évolutions, combien plus, devrions nous nous mobiliser pour nous former sur ce qui fait le cœur de notre vie : la foi, la théologie morale, la philosophie. Mais aussi, chercher à mieux connaître et aimer notre pays la France, notre civilisation, notre culture, sans oublier notre enracinement breton. Se former cela peut se faire de plusieurs manières. Nous pouvons lire et travailler des ouvrages, des encycliques ou des articles. Nous pouvons aussi constituer des groupes de réflexions (des cellules), entre paroissiens, groupes qui peuvent ainsi travailler un texte ou un thème que chacun illustrera à travers sa compréhension. Une autre forme est de suivre des formations en ligne ou en présentiel. En novembre 2008, à l’occasion de l’Assemblée Plénière du Conseil Pontifical pour les Laïcs, le Pape Benoît XVI rappelait : « Je réaffirme en particulier la nécessité et l’urgence de la formation évangélique et de l’accompagnement pastoral d’une nouvelle génération de catholiques engagés en politique, qui soient cohérents avec la foi professée, qui aient une rigueur morale, une capacité de jugement culturel, de compétence professionnelle et de passion de service pour le bien commun ». Afin de nous éclairer sur les enjeux de la formation, un groupe de 200 jeunes australiens écrivaient en octobre 2018 à aux Pères réunis à l’occasion du Synode sur la jeunesse : « Nous ne pouvons pas façonner l’Eglise si nous ne sommes pas formés. Des esprits informes manifesteront une Eglise informe, se dérobant constamment à la Vérité ».

 

Le deuxième mouvement est celui de l’action. Ce mouvement est essentiel car il est la partie visible de notre engagement, l’action peut se faire de différentes manières. Déjà Saint Paul nous exhorte : « Malheur à moi si je n’annonce par l’Evangile » (1Co 9, 16). Le Pape Benoît XVI dans Deus Caritas Est :« Le devoir immédiat d’agir pour un ordre juste dans la société est le propre des fidèles laïcs ; en tant que citoyens de l’Etat, ils sont appelés à participer personnellement à la vie publique. Ils ne peuvent donc renoncer à l’action multiforme : économique, sociale, législative, administrative, culturelle, qui a pour but de promouvoir, organiquement et par les institutions, le bien commun ». Le Pape Paul VI dans EvangeliiNutiandi publié en 1975 parlant des lieux d’engagement de l’apostolat des laïcs  évoquait « Le champ propre de leur activité évangélisatrice, c’est le monde vaste et compliqué de la politique, du social, de l’économie, mais également de la culture, des sciences et des arts, de la vie internationale, des mass media ainsi que certaines autres réalités ouvertes à l’évangélisation comme sont l’amour, la famille, l’éducation des enfants et des adolescents, le travail professionnel, la souffrance. »

 

Le troisième mouvement est celui de la prière. Nous le savons, il s’agit là très certainement du mouvement le plus important que nous devons avoir, c’est la clé de voute qui porte notre agir dans la société. Les prêtres de notre paroisse de Saint Patern nous le répètent très souvent, le primat de la prière dans notre vie est capital, c’est elle qui sous-tend notre action et notre engagement. Benoît XVI dans Caritas in Veritate, sa grande encyclique sociale publiée en juin 2009, nous invite à ce mouvement de prière : « Le développement a besoin de chrétiens qui ont les mains tendues vers Dieu dans un geste de prière conscients du fait que l’amour riche de vérité, d’où procède l’authentique développement, n’est pas produit par nous, mais nous est donné ».

 

Nous pouvons laisser les Saints de l’Eglise nous exhorter tel Saint Ignace de Loyola : « Prie comme si tout dépendait de Dieu et agis comme si tout dépendait de toi, en sachant qu’en réalité tout dépend de Dieu » et Sainte Catherine de Sienne « Si vous êtes ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde ».

A nous aussi de nous mettre en marche à la suite du Christ pour bâtir la Civilisation de l’Amour comme nous y invite le Concile Vatican II et à travailler pour faire advenir le Règne du Christ comme cela nous est enseigné par Pie XI dans Quas Primas (1925).

Ce monde a soif, ne lui refusons pas la Source de Vie.

 

Quelques références utiles pour aller plus loin :

 Les indispensables :

Catéchisme de l’Eglise Catholique

Abrégé du Catéchisme de l’Eglise Catholique

Compendium de la Doctrine Sociale de l’Eglise

Site Internet du Vatican : https://w2.vatican.va/

Encycliques

Exhortations Apostoliques

Discours et Messages des Pontifes : notamment lire les messages à l’occasion du 1er janvier

Ressources des Congrégations, Dicastères et Conseils Pontificaux

 

Ouvrages sélectionnés (liste non exhaustive) :

Pour les jeunes, le DOCAT

« La pensée sociale de l'Eglise catholique - de Léon XIII à Benoît XVI» par Don Patrick deLaubier

« Construire la civilisation de l’amour » par Don Marc-Antoine Fontelle

« Comprendre la doctrine sociale de l'Eglise» Anne Despaigne

« Pour qu’Il règne » Jean Ousset

« L’Action » Jean Ousset

 

Et aussi :

Ressources documentaires sur le site Internet d’ICHTUS : www.ichtus.fr

La Revue « Permanences » éditée par ICHTUS, sur abonnement (4 numéros par an)

Pour en savoir plus sur l’Appel : https://nouveaucatholicismesocial.org/

 

Les documents pontificaux à lire en matière sociale

Oeconomicae et pecuniariaequaestiones par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et le Dicastère pour le Service du Développement Intégral (Janvier 2018)

Laudato Si, François (2015)

Caritas in Veritate, Benoît XVI (2009)

Deus caritas est, Benoît XVI (2006)

VeritatisSplendor, Jean-Paul II (1993)

Centesimus annus, Jean-Paul II (1er mai 1991),

Sollicitudo Rei Socialis, Jean-Paul II (1987),

Instruction LibertatisConscientia, Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Mars 1986

Laboremexercens, Jean-Paul II (14 septembre 1981),

Redemptor hominis (L’homme, le premier chemin de l’Église), Jean-Paul II (1979)

Pour une Société Humaine, Lettre apostolique de Paul VI au cardinal Maurice Roy, à l’occasion du 80e anniversaire de l’encyclique Rerum Novarum (14 mai 1971)

Populorumprogressio, Paul VI (1967)

Gaudium et spes, Concile Vatican II (1965)

Pacem in Terris, Jean XXIII (1963)

Mater et magistra, Jean XXIII (1961)

Radiomessage pour le 50e anniversaire de Rerum Novarum, Pie XII (1941)

Quadragesimo anno, Pie XI (15 mai 1931)

Graves de communi re, Léon XIII (18 janvier 1901)

Rerumnovarum, Léon XIII (15 mai 1891).

 

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